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jeudi 2 mai 2013

"Cyber war will not take place" : la conférence de Thomas Rid à Paris

Comme la semaine précédente avec David E. Sanger, la Chaire Castex de Cyberstratégie organisait une nouvelle conférence avec un invide renom, même si un peu moins médiatique. Le Dr Thomas Rid est un chercheur que tous ceux qui s'intéressent aux conflictualités dans le cyberespace connaissent, au moins de réputation. Son dernier ouvrage, "Cyber war will not take place" (1), était l'occasion de venir échanger, le mercredi 24 avril 2013 à l’École militaire, devant un public clairsemé mais attentif.

T. Rid débute son intervention en rappelant ce qu'est la définition d'un acte de guerre : l'utilisation de la force et de la violence comme l'expression légale d'un instrument politique. Le concept de cyberguerre lui parait exagéré et mal adapté car les cyberattaques, générant peu de violence et aucune escalade, peuvent être circonscrites à trois grandes fonctions : le sabotage, l'espionnage et la subversion.

lundi 22 avril 2013

Programme "Olympic games" et cyber-conflits : la conférence de David E. Sanger à Paris

La Chaire Castex de cyberstratégie organisait jeudi 18 avril 2013, à l'Ecole militaire, sa journée d'études sur les représentations du cyberespace avec pour point d'orgue la conférence du journaliste américain David E. Sanger. Pour le profane, ce nom ne dit sans doute pas grand chose. Journaliste au New York Times (1) mais également correspondant en chef de la Maison Blanche à Washington, son fait d'arme est d'avoir vélé le 1er juin 2012 l'existence d'un programme secret ("covert ops") de l'administration américaine appelé Olympic games (2) ("Jeux olympiques").

Du candidat au président : l'évolution de la pensée d'Obama en matière de cybernétique

En janvier 2009, a lieu la passation de pouvoir dans le bureau Ovale entre Barack Obama, fraîchement élu, et son prédécesseur Georges Bush Jr. Ce dernier explique à Obama qu'il y a "deux programmes secrets qu'il faut poursuivre". En effet, l'histoire du programme Olympic games débute sous l'ère Bush fils. Y ont été décidés deux programmes "cover ops" majeurs : l'un concernant l'utilisation massive de drones pour frapper les cadres d'Al Qaïda et affidés, en particulier dans les zones tribales, entre l'Afghanistan et le Pakistan, l'autre concernant le programme nucléaire iranien qui deviendra ensuite "l'affaire Stuxnet". Pour la petite histoire, il semble que des essais aient eu lieu sur le territoire américain et que fût apportée à la Maison Blanche le même type de centrifugeuse que celles utilisées par l'Iran. Impressionné par le long cylindre endommagé, le président Busk aurait dit "Ok, I'm convinced" (3).

samedi 28 avril 2012

Cyber-opérations et stratégie : quelle(s) doctrine(s), quel(s) concept(s) ?

Il n'y a pas qu'en France et, en particulier au sein des alliés de l'Alliance Géostratégique, que les pensées, les réflexions, les concepts et les échanges autour du cyberespace ont lieu. Les États-Unis, dont ce blog se fait souvent l'écho des progrès et avancées en observateur parfois fasciné mais toujours vigilant, semblent être dans une position étonnamment similaire. 

Développant depuis des mois et à marche forcée une panoplie complète d'outils, de moyens, de structures hautement spécialisées, en gréant d'autres avec un personnel de plus en plus nombreux qui, d'ici une décennie sera (presque) recruté et formé au berceau, un cyber-arsenal de lutte dans le cyberespace est en train de se créer. Avec souvent une tendance à la posture ou à l'exagération (des capacités adverses). Mais sans véritable doctrine ni concept d'emploi précis. On peut même dire que celles-ci se construisent dynamiquement autant chez les militaires que chez les sénateurs.

Dans un avenir proche, l'influence grandissante d'opérations non-cinétiques dans le cyberespace en soutien, en complément ou en préalable d'opérations cinétiques se verra confirmer.  Leur prépondérance à devenir centrales dans la conduite de futures opérations militaires (ou de sécurité extérieure) font l'objet de réflexions et d'échanges parfois passionnés et souvent passionnants.

L'une des questions majeures, soulevant de nombreuses difficultés et qui sont, pour le moment insolubles, est l'intégration de l'utilisation de l'arme* cybernétique et de ses effets capacitaires et non-cinétiques au niveau stratégique. Une interrogation soulevée à différentes reprises par le blog allié Egea (ici et ) qu'il convient pour le moment de relayer. Il conviendra aussi d'y contribuer dans un avenir (très) proche. Opinions et commentaires sont donc les bienvenus en attendant.

* arme au sens Armée de terre, de l'air ou Marine...les trois autres dimensions

jeudi 5 avril 2012

L'U.S. CYBERCOM arme les premiers Commandements Combattants

Sans être capitale, l'information n'en est pas moins d'importance : les capacités cybernétiques offensives américaines ne sont désormais plus du seul ressort de la NSA. C'est en tout cas ce qu'il ressort d'une audition au Congrès du commandant de l'U.S. Cyber Command (CYBERCOM) et de...la NSA, le Général Alexander.

Au travers de 6 CSEs (Cyber Support Elements - Éléments de Support Cyber) correspondant aux 6 "Commandements Géographiques Combattants", le CYBERCOM s'engage à fournir l'expertise et les capacités techniques en termes de ressources et de moyens cyber-offensifs. Part d'un effort plus vaste engagé déjà depuis des mois tant au militaire que fédéral et civil, l'intégration de ces capacités non-cinétiques seront mis à disposition de chacun des 6 commandements qui pourront les articuler avec les capacités cinétiques dont ils disposent déjà.

L'U.S. Central Command (CENTCOM - Moyen Orient, Asie Centrale) est le premier commandement à déjà disposer de ses pleines capacités "CSEs" opérationnelles tandis que l'U.S. Pacific Command (PACOM) ne dispose que d'un "CSEs" partiel mais qui sera bientôt complètement opérationnel. Les CSEs de l'U.S. Africa Command et de l'U.S. Southern Command devraient pleinement l'être au 4ème trimestre 2012. 

A la différence d'autres commandements qui doivent se coordonner avec le CYBERCOM, la structure opérationnelle dévoilée diffère amplement en fournissant des capacités nouvelles et immédiatement mobilisables par chaque commandant. De quoi gagner un temps précieux autant en termes d'actions que de réactions. Il faut également comprendre qu'à travers ce mouvement, un basculement quasi-historique s'opère entre la NSA et le CYBERCOM. La NSA est avant tout une agence de renseignement et n'a pas vocation à être une unité combattante. D'où un début de transfert d'outils et de capacités dans les Commandements et un rôle de plus en plus accru du CYBERCOM au sein du DoD.

Enfin, parmi les éléments significatifs fournis par le Général Alexander, soulignons la focalisation sur le concept de dissuasion perçu à travers l'amélioration des capacités d'attaque. Les nouvelles capacités offensives mises en œuvre au profit d'unités militaires sont vues comme des "composants clé de la dissuasion" dans le cyberespace sur lesquels peut s'appuyer le Président des États-Unis. L'occasion d'aller relire l'article sur ce thème de la dissuasion de Cidris et SD, membres alliés de l'Alliance Géostratégique

Source : http://www.defensenews.com/article/20120321/DEFREG02/303210007/CYBERCOM-Arming-U-S-Combatant-Commands?odyssey=tab|topnews|text|FRONTPAGE

lundi 30 janvier 2012

De François Perrin à Stuxnet, les centrales nucléaires (cyber) vulnérables

Lunaire et maladroit compulsif, “Le Grand Blond” (and Co) nous a souvent fait rire et sourire, attendris par cette candeur désarmante et ce comique de situation, souvent désopilant. Transposons maintenant ce personnage dans la réalité, en plein cœur de situations ubuesques mais aux conséquences potentiellement catastrophiques ! Nul besoin de cyberarmes complexes quand de simples “cyber-gags” provoquent des conséquences que ne renieraient pas certains mouvements extrémistes ou terroristes.

Centrale Nucléaire de Hatch, près de Baxley, Etat de Géorgie, USA.
Lorsqu’il débute son service ce 7 mars 2008, l’un des ingénieurs de la Southwest Company ne sait pas encore que l’une de ses tâches du jour, en apparence banale, va provoquer un incident grave sur le réacteur n°2. A l’origine, une simple mise à jour  sur l’un des ordinateurs opérant sur le réseau informatique de la centrale. Exception faite que cette ordinateur est tout de même particulier puisqu’il est l’une des interfaces SCADA de surveillance : il centralise des données servant à divers diagnostics et collecte les taux de différents composants chimiques du système primaire de contrôle du réacteur. La mise à jour logicielle est malgré tout importante puisqu’elle doit permettre la synchronisation des données entre différents systèmes de différents réseaux.

L’enquête de la NRC (Nuclear Regulatory Commission, l’équivalent américain de l’ASN) déterminera que le redémarrage de la machine après la mise à jour a aussi remis à zéro l’ensemble des données du système de contrôle. C’est lors de cette phase que les dispositifs de sécurité, interprétant correctement des données erronées, ont considéré qu’il y avait une fuite dans la “piscine”, cet énorme bassin d’eau permettant le refroidissement des barres du combustible nucléaire !

La conséquence logique fut que le système exécuta les instructions prévues pour un tel cas : le réacteur nucléaire fut immédiatement mis à l’arrêt d’urgence, arrêt qui dura 48 heures, le temps de comprendre l’origine de l’incident et d’autoriser un redémarrage sûr. La morale de cette histoire, cependant, serait que l’incident de Hatch illustre le type de conséquences inattendues qui peuvent se produire quand de l’informatique dite d’entreprise ou que des logiciels “pris sur étagère” (COTS) sont interfacés avec des systèmes de contrôle industriels, sans considérations de design ou d’intégration adéquates. Il faut aussi souligner que cet incident a peut-être été “chanceux” dans le sens où les dispositifs de sécurité ont fonctionné. A l’inverse, quel enchaînement de conséquences dramatiques auraient pu se produire dans le cas où ces mêmes dispositifs n’avaient pas exactement réagi comme prévu ?


Centrale Nucléaire de Brown Ferries, près d’Athens, Alabama, USA.
Ce qui demeure terriblement gênant avec l’incident de Hatch, c’est qu’il est loin d’être unique ! Un peu plus de 6 mois auparavant, un arrêt d’urgence (et manuel cette fois-ci !) se produisit sur le 3ème réacteur de la centrale de Brown Ferries. En cause, deux équipements cruciaux : le contrôleur du condensateur-déminéralisateur qui est un PLC (Programmable Logic Controler) et les pompes de recirculation qui reposent sur des VFD (Variable Frequency Drives).

Retenons simplement que ces deux équipements, essentiels au bon fonctionnement du réacteur, embarquent des micro-processeurs qui peuvent communiquer des données via de l’Ethernet (la couche liaison de données du modèle OSI). Là est le problème puisque les paquets de données sont broadcastés (diffusées) à tous les récepteurs connectés, sans distinction. C’est ensuite à chacun d’entre eux d’analyser chacun des paquets et de le conserver s’il lui est adressé.

Hors, il est apparu que le réseau de contrôle de la centrale produisait plus de trafic que ne pouvaient en absorber les contrôleurs PLC et VFD ! Il est également possible que ce soit le contrôleur PLC qui ait malfonctionné en inondant (flooding) le réseau d’un trafic colossal, saturant puis désactivant les contrôleurs VFD. Quoiqu’il en soit, les tests menés durant l’enquête n’ont pas apporté de réponses satisfaisantes permettant de comprendre l’origine exacte de l’incident. Ce qui en soi est inquiétant puisque cela pose le problème d’absence de reproductibilité du phénomène donc d’identification des causes ou de l’enchaînement des causes.

Entre specticisme et alarmisme, quelles leçons ?
Défauts d’intégration des problématiques de sécurité dès la conception, absence de tests de non-régression (et tests en plate-forme de pré-production) ou inconsciences diverses montrent qu’il n’est nul besoin de développer un programme offensif, long et coûteux, les fameuses cyberarmes, pour provoquer des incidents qui, chance aidant, ne sont jamais passés du stade “inquiétant mais sous contrôle” à celui de “catastrophe écologique majeure”. Fukushima Daïshi étant passé par là, il est normal d’envisager des scénarii de menaces exceptionnels qui ne sont pas qu’environnementaux (au “hasard”, un tremblement de terre  suivi d’un tsunami) ou d’une incroyable complexité malveillante (Stuxnet).

Entre le sceptique et l’alarmiste, il est une fois encore question de pondération mais aussi d’honnêteté intellectuelle : une centrale nucléaire serait protégée de toute tentative de cyberattaque parce qu’aucun ordinateur n’est relié à Internet ou que les systèmes sont particuliers, ce que l’on appelle dans le jargon “propriétaires” ? Incompétence ! Il suffit simplement de se rappeler les deux incidents précédemment cités* : l’interopérabilité dans la communication entre systèmes dans un cas, un défaut de conception dans l’autre ou même Stuxnet, qui a pu se propager à partir de simples clés USB préalablement préparées. A l’inverse, une cyberattaque peut-elle se produire demain, l’état des systèmes de contrôle étant d’une telle vulnérabilité qu’une attaque serait plutôt simple à conduire ?

En réalité, les spécialistes s’accordent à dire que l’interconnexion de systèmes assez différents, leur hétérogénéité et d’autres subtilités ne rendent pas impossible de tels scénarii mais qu’ils sont difficiles et complexes. Jusqu’à présent, le seul exemple valable, Stuxnet et ses déclinaisons (Duqu) est le fait d’un ou plusieurs États qui sont les seuls acteurs à posséder le savoir, les ressources, les moyens et les compétences et qui encouragent en réalité, ou plutôt en dépit des annonces, de nouvelles stratégies dans le cyberespace.

Doit-on s’en féliciter ou, au contraire, s’en effrayer ? Un peu des deux, sans doute, lorsque l’on essaye de mieux cerner la problématique plus globale des infrastructures critiques et des SCADA en particulier. Si un certain nombre d’Etats se sont emparés du sujet ces dernières années (USA, France, Europe), on peut constater que le volet législatif et réglementaire, plutôt bien fourni, a été finalement franchi pour arriver actuellement à une phase opérationnelle et d’améliorations continues (audits / pentests / …). Si tel n’est pas le cas, il est plus que temps d’agir.

* j’ai volontairement omis d’autres exemples basés sur des infections virales (Slammer, par exemple) ayant également conduit à des incidents significatifs. Douze années se sont depuis écoulées. Et pourtant...
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Pour aller plus loin (en anglais) :
Cyber incident blamed for nuclear power plant shutdown
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Cet article a également été publié sur le site de l'Alliance Géostratégique