mercredi 28 décembre 2011

Pénurie, mythe et déclassement

Sid a écrit au début du mois de décembre un article à propos de la pénurie de compétences de pentesters en particulier et, plus généralement, de "bons" praticiens en sécurité. Réellement pertinent et de niveau prospectif, cet article a fait réagir de nombreuses personnes dans un débat de bon niveau avec beaucoup de points justes soulevés.

De manière plus générale, j'avais également relevé début novembre un bon article sur la fin d'un mythe à propos du niveau informatique des digital natives. L'article en question met en lumière une disparité au sein de la génération Y : tous n'ont pas un niveau informatique de geek, et si un tiers est familier et maîtrise l'usage culturel et dispose des connaissances suffisantes pour inventer ou faire évoluer ces outils, la majorité ne sait simplement que se servir des outils courants comme les réseaux sociaux mais sans forcément en appréhender les rouages, la complexité, les enjeux ou plus prosaïquement les principes de fonctionnement techniques et les technologies employées. 

On pourra cependant rétorquer qu'il n'est pas utile de savoir démonter un moteur thermique pour conduire un véhicule, ce qui sera vrai. En revanche, la compétition économique et l'adaptation / inadaptation de notre société aux évolutions inédites et ultra-rapides d'un monde en pleine mutation ne doivent pas échapper aux décideurs et c'est en cela que ces deux articles sont éclairants : l'informatique (usage, production, innovation), qui a bouleversé les échanges économiques, les usages culturels et a modifié la géographie des territoires ces 30 dernières années, continue de redistribuer les cartes et les centres de pouvoir en profondeur ! Donc les acteurs d'aujourd'hui mais surtout de demain.

Mal préparer la génération qui commencera à prendre le relais dans les 10 ou 15 prochaines années nous coûtera encore des points de PIB, des destructions d'emploi et in fine, la prophétie auto-réalisatrice d'un déclassement de la France (et des autres partenaires majeurs européens) se produira. Mieux vaut tard que jamais reste néanmoins encore d'actualité (pour combien de temps encore ?) et la formation continue (aux outils informatiques) et l'acquisition de nouvelles compétences pour accompagner l'innovation permettront, si l'on demeure un minimum optimiste, d'amortir le choc sociétal et les évolutions induites que la crise en cours ne fait qu'accélérer.

2 commentaires:

SD a dit…

C'est vrai et plus largement les ingénieurs et techniciens Telecom français se tournent dès l'école ou peu d'année après vers des postes de management (plus lucratifs) et se détournent des pratiques plus scientifiques (moins payée). D'où l'utilisation de main d'oeuvre etrangere très motivée, compétente et souvent moins revendicatrice au niveau des salaires mais qui prennent le comportement national fr au bout de quelques années. A moyen terme, cela pourrait nous conduire à un déclassement dans le monde numérique et effectivement une perte massive d'emplois.
Cordialement

Sportet a dit…

Merci pour ce commentaire juste, SD. Il est tout à fait vrai que les filières scientifiques ont de plus en plus de mal à retenir les bons potentiels qui, souvent, préfèrent compléter (ou faire directement) leur cursus avec une école de commerce pour aller s'encanailler dans les salles de marché avec les conséquences que le grand public commence tout juste à percevoir aujourd'hui.

Il y sûrement un problème de "reproduction" dans les comportements puisque déjà atteinte de "diplomite" aigüe (nous connaissons tout des Bac + 5 ayant un emploi peu qualifié, quel progrès, quelle adaptation - de l'enseignement et des politiques - aux réalités des marchés de l'emploi !), nombre d'ingénieurs deviennent cadres et assument des fonctions de management plus proches de ce que j'appelle la comptabilité (rentabilité des affaires, taux de charge par individus / par équipe, facturation, etc.) que d'un réel développement d'une dynamique et des talents de chacun.

Il n'est plus de savoir quand nous serons dans le mur mais bien d'en explorer l'épaisseur...
Bien cordialement,