lundi 15 juin 2015

Fonctions de hachage et mots de passe complexes sur Duckduckgo

Même s'il est possible que nombre d'entre vous ne le sachiez déjà, j'avoue n'avoir découvert que récemment les fonctions cryptographiques intégrées à Duckduckgo. Pour les autres, Duckduckgo est l'un des moteurs de recherches sur Internet dont le slogan nous dit qu'il est "le moteur de recherche qui ne vous espionne pas". Sa philosophie générale est de préserver le plus possible la vie privée des internautes en ne stockant aucune information personnelle. Pour les plus affûtés paranos, il propose une enclave de sortie Tor [1] depuis 2010 soit des siècles [2] avant l'affaire Snowden. Des fonctions qui, bien qu'appréciables, ne garantissent cependant pas les requêtes des autorités fédérales américaines ou les intrusions discrètes mais néanmoins puissantes de la NSA. Mais revenons à l'une des originalités qui fait de ce moteur l'une des alternatives agréables à Google [3] : les fonctions de génération de mots de passe notamment forts, de hachage [4] et de récupération de mots de passe à partir des hashés !

Concernant les mots de passe, et même si une mode d'incultes certaine contre-culture est de les considérer comme devenus parfaitement inutiles, répétons qu'ils demeurent encore la première ligne de défense face à certains types de cyberattaques : faibles, triviaux, facilement décelables et cassables en force brute ou par dictionnaire, ils demeurent nécessaires [5] tant que des évolutions robustes n'auront pas émergé [6]. C'est dans ce cadre que peut être utilisée une fonction proposée par Duckduckgo. Si vous saisissez "password 12 strong" aussitôt un mot de passe fort aléatoire de 12 caractères vous est proposé. Il suffit ensuite de moduler le chiffre qui, vous l'aurez compris, plus élevé il sera [7] plus le mot de passe résistera.

Une seconde fonction intéressante concerne la possibilité de hasher son mot de passe ce qui compliquerait alors un tantinet un attaquant décidé à pénétrer à tout prix votre système d'information grâce à votre mot de passe. Si vous saisissez par exemple "sha256 si vis pacem para bellum" le résultat du palmipède numérique nous donne "9dffacae7b3735f824217c62b37676221ebb38c2812f92cf651eac70610cc019". Inversement, il est possible de savoir que "3f177cf138fdb407b51239a3c4442673" est le hashé MD5 de "si vis pacem para bellum". Cette astuce marche évidemment avec l'ensemble des fonctions de hachage de SHA-1 à SHA-2/SHA-3 (sha256, sha512) en passant par MD5, Whirlpool (512 bits) et même (Microsoft) NTLM [8].

Par ailleurs, et c'est sans doute l'élément qui intéressera les plus curieux d'entre vous, il est également possible de récupérer un mot de passe en clair d'après son hashé ! A la condition qu'il fasse partie du wall of fame des mots de passe notamment leakdb [9], autrement dit l'une des bases de données mondiales qui recense les mots de passe et les mails ayant fait l'objet de cyberattaques (et de fuites) réussies. Par exemple, si est saisi "leakdb e10adc3949ba59abbe56e057f20f883e" on apprend qu'il s'agit d'un hashé MD5 qui s'écrit aussi "ba3253876aed6bc22d4a6ff53d8406c6ad864195ed144ab5c87621b6c233b548baeae6956df346ec8c
17f5ea10f35ee3cbc514797ed7ddd3145464e2a0bab413" en sha512 et qui signifie en texte clair "123456". Soit l'un des mots de passe parmi les plus couramment utilisés au monde [10]. Finalement, ces fonctions amusantes proposées par Duckduckgo sont aussi une bonne façon de se familiariser avec quelques fondamentaux de la cryptographie [11] et de la constitution d'un mot de passe fort et résistant.

Note : cet article s'inspire honteusement :) de celui-ci


[2] A l'échelle numérique
[3] On recommandera alors Ixquick qui est localisé aux Pays-Bas donc non soumis aux lois étasuniennes

[5] http://www.foxnews.com/tech/2015/05/09/no-1-mistake-hackers-hope-make/
[6] Comme avec certains marqueurs biologiques tels que les ondes cérébrales ou les battements cardiaques
[7] cela fonctionne jusqu'à 64 caractères
[8] http://davenport.sourceforge.net/ntlm.html
[9] https://leakdb.abusix.com/
[10] http://www.numerama.com/magazine/27410-adobe-l-effarante-liste-des-mots-de-passe-les-plus-utilises.html 
[11] Pour comprendre que les mots de passé hashés se retrouvent plutôt facilement

mardi 26 mai 2015

Qui ose gagne ! Ou comment nos entreprises devraient apprendre à chasser la croissance en meute

Il y a quelques mois, votre serviteur participait à l'une de ces innombrables réunions où industriels, chercheurs et représentants de l’État se retrouvent pour faire un point d'avancement sur un projet. Sans doute assez justement à certains égards, certaines légendes urbaines [1] voudraient que l’État soit inefficace, impécunieux et parfaitement déconnecté des rouages industriels. En réalité, il n'en est rien puisque de plus en plus nombreux sont ses serviteurs à être passés par une structure privée [2]. Cela tombe à point car il arrive même que les représentants étatiques connaissent bien sinon parfaitement les rouages des financements des projets et, cerise sur le gâteau, maîtrisent même les tenants et les aboutissants techniques d'un projet ! Les industriels qui, normalement, devraient se réjouir d'avoir de tels interlocuteurs en vis-à-vis peuvent vite révéler, dans ce cas, certaines lacunes quand ce ne sont pas des limites.

lundi 4 mai 2015

Cyberdéfense active et Cyber renseignement opérationnel ?

Il y a quelques jours, l'ami Olivier Kempf relevait le glissement sémantique qui verrait la discrète et sensible discipline de "lutte informatique offensive" (LIO)[1] être renommée en "lutte informatique active" voire en "cyberdéfense active" [2]. En réalité, il est possible que les choses soient plus subtiles qu'elles ne le paraissent au premier abord et que les locuteurs anglo-saxons fassent bien le distinguo entre des actions offensives et des actions d'adaptation en temps réel des dispositifs de cyberdéfense. Ces dernières, basées sur de l'analyse et du renseignement d'intérêt et/ou d'origine cyber (RIC/ROC) peuvent permettre de mieux se protéger sans forcément chercher à entraver voire neutraliser une cyberattaque.

jeudi 23 avril 2015

Le jour où Google annoncera son indépendance

Justement qualifiés de cyberpuissance ces dernières semaines [1], les États-Unis affirment de plus en plus leur supériorité dans le cyberespace. Un fait qui, s'il n'est pas récent [2], est bien peu aisé de contester. Sauf, peut-être, si l'on est une entité privée d'envergure mondiale, qui dispose de la matière grise et de moyens financiers peu courants. C'est en effet la lecture et le paradoxe que pourraient annoncer les récentes déclarations [3] de Gerhard Eschelbeck, le nouveau gourou de la cybersécurité de Google.

dimanche 12 avril 2015

Cyberattaque TV5 Monde : premiers enseignements et recommandations

A la différence de l'affaire Sony en décembre 2014 [1] pour laquelle j'avais attendu que la poussière retombe, difficile cette fois-ci de se retenir tant l'emballement médiatique, les (sur)interventions ministérielles et l'aspect "brèves de comptoir" de certains "experts" aura consterné quelques uns d'entre vous/nous dont les camarades d'EchoRadar [2].

jeudi 2 avril 2015

Obama autorise les sanctions ciblées contre les cyberattaquants

Signé un 1er avril, l'ordre exécutif ("Executive Order") du président Obama permettant de sanctionner notamment financièrement "toute personne ou entité" qui portera dorénavant préjudice aux systèmes d'information d'un secteur d'infrastructure critique étasunien (1) n'est pas un poisson d'avril. Ou alors, il est sacrément bien fichu tant il est crédible et cohérent avec la stratégie générale de l'administration US en matière de lutte contre les agressions et, plus globalement, de conflictualités dans le cyberespace (2).

lundi 16 mars 2015

La culture geek est-elle soluble dans la cyberdéfense ?

Si pour les États-Unis les conséquences internationales de l'affaire Snowden [1] sont diverses mais unanimement négatives, les impacts futurs notamment en matière de géopolitique de l'Internet [2] demeurent difficiles à anticiper. En revanche, au fil des diverses révélations, les relations entre l'administration U.S. et les entreprises de la Silicon Valley se sont singulièrement compliquées. Avec pour corollaire une conséquence majeure, directe et inquiétante : une franche défiance voire de l'hostilité de la part de la plupart des entrepreneurs et des salariés de la zone la plus high-tech au monde [3]. Dans ces conditions, les difficultés actuelles de recrutement que connait l'administration américaine portent-elles à conséquence sur ses capacités cyber ? Sinon quelles solutions sont envisageables ?

lundi 23 février 2015

Affirmation de la cyberpuissance USA et ruptures stratégiques

Si depuis juillet 2013 le tsunami de l'affaire Snowden (1) nous a habitué à des révélations régulières et parfois spectaculaires, la semaine qui vient de s'écouler marque un tournant ainsi qu'une rupture. Tournant parce que de "l'affaire délicate" Gemalto (2) à Equation Group (3), l'ampleur des moyens déployés pour espionner toutes les communications électroniques de la planète permet, à ceux qui en avaient encore, de ne plus se faire aucune illusion sur l'absolue nécessité de bien protéger les informations qui le méritent. Rupture technologique mais aussi stratégique et bien-sûr politique. Comme le relève avec acuité Eric Le Boucher dans les Échos (4), les États-Unis d'Amérique "hyperpuissance" sont devenus "cyberpuissance". Y affirmant leur hégémonie dans le cyberespace tandis que leur repli des affaires du monde "réel", annoncé depuis des années par Obama et en cours de réalisation, les place dans une position de plus en plus isolationniste.

lundi 16 février 2015

Singapour crée son agence nationale de la cybersécurité

Le 27 janvier 2015, le cabinet du Premier ministre de Singapour a annoncé la création prochaine d'une agence gouvernementale dédiée à la "surveillance centralisée des fonctions nationales de cybersécurité" (1). Active à compter du 1er avril 2015, la "Cyber Security Agency (CSA) of Singapore" devrait comprendre une soixantaine de personnes.

lundi 2 février 2015

Tester son niveau de cybersécurité ? L'exemple d'Hawaii et ses vertus pour le domaine maritime

Ces derniers mois ont vu en France l'émergence d'une prise de conscience concernant la vulnérabilité aux cyberattaques notamment du secteur maritime. L'influence des travaux (1) de la loi de programmation militaire (LPM) n'y sont évidemment étrangers ainsi que certaines actions isolées mais essentielles qu'il faut saluer (2). Cependant, prudence et modestie sont de rigueur étant donné l'ampleur des chantiers qui attendent l'ensemble des acteurs quel que soit le secteur d'activités concerné. Outre-Atlantique et même plus précisément dans le Pacifique, l'île d'Hawaii vient de connaître deux jours d'intenses exercices cyber (3). Leur objectif ? Simuler des cyberattaques permanentes et d'intensité variable contre les infrastructures maritimes de l'île.

lundi 12 janvier 2015

Le Sony hack 2014 ou comment des "Gardiens de la paix" ont failli déclarer la (cyber) guerre mondiale

Environ quinze secondes. C'est la durée de l'hésitation qui s'est emparée de moi avant de débuter cet article. Allais-je commencer l'année en ânonnant fièrement une liste de prévisions (1) ressemblant à un cyber-horoscope insipide ? Ou partir d'un fait récent, aussi vite disparu des Unes qu'il s'en était emparé ? Car, tout observateur attentif a sans doute pu remarquer qu'une presque énième guerre mondiale (2) avait failli éclater juste avant Noël. Et tout cela pour une énième cyberattaque. Retour mi-sérieux mi-ironique sur le piratage de Sony.

mercredi 31 décembre 2014

Chiffres et articles 2014 avant le cap sur 2015

Après le traditionnel chapon de Noël et avant le champagne de la nouvelle année, je vous propose un rapide récapitulatif de l'activité 2014 de ce blog qui va entamer sa neuvième année d'existence. Même s'il m'arrive parfois de douter de son intérêt, l'offre "cyber" (1) étant devenue pléthorique, un lectorat fidèle et une fréquentation en hausse m'encouragent à continuer. Avec sincérité et humilité, permettez-moi de remercier chacun d'entre vous !

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Non, ce n'est pas seulement le nom d'une école originale (2) dont l'ambition est de former les futurs développeurs logiciels de France et de Navarre mais, plus simplement, le nombre d'articles écrits cette année. Une baisse importante si on la compare à l'année précédente (64) et à 2012 (103) et surtout 2011 (105). Cette baisse est pourtant relative car je me suis attaché cette année à améliorer la qualité des articles (3) mais, surtout, j'ai cofondé EchoRadar avec mes autres camarades du collectif. Le développement de ce webzine n'est pas une mince affaire car elle réclame du temps et de l'investissement.

10
Les dix articles les plus lus cette année dans l'ordre antéchronologique.

jeudi 25 décembre 2014

Cybersécurité maritime 2014

Contacté en début d'année pour participer à un dossier "cybersécurité maritime" pour Le Marin, mon interview n'est jamais parue pour des raisons diverses. Trois ans après un article, qui fut sans doute l'un des tous premiers sur le sujet en France, il semblerait qu'une certaine attention (1) soit enfin portée sur ce domaine d'intérêt stratégique. Il m'est paru important de publier aujourd'hui cet entretien qui serait sinon resté dans les limbes de ma messagerie.

dimanche 21 décembre 2014

Armes de rupture, armes miraculeuses ? Wunderwaffen : le miracle n’est pas venu du ciel

Si le régime nazi incarne sans conteste le « mal absolu », l’histoire des sciences et des technologies pourrait cependant retenir de cette sombre période des avancées réelles et, parfois, des ruptures technologiques directement issues du conflit de la Deuxième guerre mondiale. Quelques projets emblématiques, parmi les innombrables à avoir été développés, auront durablement marqué les esprits durant la guerre et l’après-guerre. Si, presque immédiatement, les fusées V1 et V2 viennent à l’esprit, il existe pourtant une pléthore d’armes à être restées, pour la plupart, cantonnées dans quelques brillants cerveaux et aux tables à dessin.

Horten Ho IX (Source)
Pour d’autres, notamment dans le domaine aéronautique, les essais en vol voire une utilisation opérationnelle ont pu souligner la supériorité que ces armes, qualifiées de miraculeuses (“Wunderwaffen”), auraient apportées au IIIème Reich s’il ne s’était heureusement écroulé en 1945. Cet article cherche, à travers quelques exemples emblématiques, à illustrer la rupture que ces armes auraient pu entraîner dans le domaine aérien.

samedi 20 décembre 2014

Armes de rupture, armes miraculeuses ? Un dossier EchoRadar

Enfin ! La trêve des confiseurs qui débute fournit l'occasion rêvée à la plupart d'entre nous pour se poser et, mieux, se reposer, en famille et avec ses amis. Période privilégiée s'il en est, c'est aussi l'occasion de prendre un peu de temps pour changer d'horizons intellectuels et se laisser porter par une curiosité de bon aloi.

Les membres d'EchoRadar, plus que jamais actifs, ont donc décidé de mettre à profit cette période pour vous proposer un dossier thématique autour des armes de rupture aussi qualifiées "d'armes miraculeuses". Nous espérons que ce dossier vous séduira et donnera aussi l'envie à certains d'entre vous de nous proposer pensées, idées et textes ou, plus simplement, de se livrer au jeu des commentaires voire des encouragements. 

Dans l'attente du premier texte que j'aurais l'honneur de publier demain matin, je vous invite à retrouver l'article introductif du dossier, coécrit avec le Marquis de Seignelay, et l'ensemble des articles qui paraitront au rythme infernal d'un toutes les 48 heures jusqu'aux environs du 10 janvier 2015.