lundi 21 juillet 2014

« Forces et illusions de la francophonie », la conférence d'Erik Orsenna aux Lundis de l'IHEDN

Les Lundis de l'IHEDN (1) ont clôturé leur belle saison 2013-2014 de conférences (2) par l'intervention enlevée, lundi 23 juin 2014, pleine de finesse et teintée d'humour, d'Erik Orsenna. Conseiller d’État, académicien et bien-sûr écrivain, c'est dans un amphithéâtre Foch plein que M. Orsenna est venu présenter sa vision de la francophonie. S'appuyant sur de nombreux déplacements internationaux depuis des décennies mais également l'expérience politique de l'exercice du pouvoir, son œil d'écrivain lui donne sans doute l'acuité nécessaire pour garder la bonne distance aux événements auxquels il a participé ou assisté.

Intitulée "Forces et illusions de la francophonie", l'intervention d'E. Orsenna commence par relever le paradoxe actuel de la France : comment un pays doté de tant d'atouts peut-il être aussi déprimé ? Prenant l'exemple de l'arrivée du musée Beaubourg à Metz, ce qui a relancé l'économie locale, son hypothèse est qu'il y a un défaut de culture à travers le pays. Passée cette introduction, E. Orsenna explique pourquoi la langue, notamment française possède "12 siècles de création collective", est vraiment "une vision du monde" et pourquoi elle est donc essentielle. Après la question du monde, vient celle des identités. Cette question des identités commence par une question dérangeante : "et si nous étions tous francophones en France ?". Une petite provocation pour souligner qu'environ 20% de la population ne maîtrise pas les fondamentaux de la langue ! Qui est le creuset de la communauté, du moteur économique et du droit, lui-même "maquette de la société".

Enfin, vient le cœur du sujet de l'intervention d'E. Orsenna qui explique pourquoi il faut se méfier des chiffres et des apparences. S'il existe officiellement environ 220 millions de francophones sur le plan international, il est en réalité illusoire de penser que les francophones seront aussi nombreux dans un proche avenir si rien n'est fait. Prenant l'Afrique comme exemple, E. Orsenna affirme que nos hommes politiques feraient mieux de "quitter les 2 km² carrés du lieu de leur visite", ce qui leur permettrait peut-être de constater le double déclin : à la "base" lors de l'enseignement du français à l'école, mais aussi "au sommet" où il existe une sorte de "compétition pour ne pas aller étudier en France" ! 

Si ce constat est édifiant, E. Orsenna pense aussi qu'il est simplement représentatif de la "maladie française la plus ancrée en nous" : considérer que ce que nous vivons est ce que nous avons toujours vécu, notre "ancienne gloire", et qu'elle demeurera éternelle "sans nous battre". Pour réagir et nous inscrire dans les bouleversements d'un monde qui évolue à grande vitesse, nous ne devons pas avoir peur. En continuant, par exemple, d'intégrer dans notre langue de nouveaux mots (3) ou de porter notre identité comme "un pont qui nous permet d'aller au large", c'est à dire vers les autres, et non pas comme une forteresse. Enfin, E. Orsenna constate que notre système éducatif et professionnel sanctionne voire stigmatise l'erreur alors qu'elle est source d'apprentissage donc d'amélioration. 

Cette intervention, profonde et agréable, aura souligné, une fois encore, combien la France demeure empêtrée dans une déprime presque iconoclaste au regard de la place qui est encore la sienne aux yeux du reste du monde. Pourtant, à trop regarder dans le rétroviseur, nous risquons d'avoir de plus en plus de mal à éviter le mur vers lequel le pays semble se précipiter. Si nous disposons de tous les atouts pour relever les défis actuels et futurs, le temps nous est cependant compté.

Note : l'intervention complète peut être vue dans son intégralité (1h13)


(1) http://www.ihedn.fr/?q=content/conference-des-lundis-de-lihedn
(2) Lire le résumé de l'intervention de Jacques Attali en octobre 2013 
(3) L'exemple choisi par E. Orsenna concerne le terme sénégalais "d'essencerie" pour désigner une station-essence

mercredi 16 juillet 2014

1914-1918 : du sous-marin à la détection sous-marine, une guerre d’innovations

La Première guerre mondiale ne fut pas seulement le massacre de millions d'hommes, tués, blessés ou estropiés à tout jamais. C'est aussi un conflit qui permit l'émergence de nombreuses innovations scientifiques et techniques dans les domaines de la chimie, du médical, de l'ingénierie, etc. Dans le cadre du dossier commémoratif 1914-1918 réalisé au profit d'EchoRadar, je vous propose un regard sur plusieurs innovations ayant trait au domaine maritime : les sous-marins et la détection de la menace qu'ils font peser sur les navires de surface.

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(Source)

La 1ère Guerre mondiale reste, dans l’inconscient collectif, marquée par de terribles combats d’infanterie et d’artillerie. Ce conflit, considéré comme le premier conflit moderne de l’ère industrielle, possède, entre autres, la caractéristique de se produire simultanément sur terre, en mer et dans les airs. A l’émergence de l’aviation, dont l’emploi deviendra stratégique trois décennies plus tard, répondirent de nombreux affrontements maritimes. Essentiellement en surface mais, fait totalement nouveau, également sous la surface grâce à l’emploi d’une nouvelle arme : les sous-marins.

dimanche 13 juillet 2014

Été 1914 : un autre monde ?

Ce blog rejoint la communauté EchoRadar () qui est une plate-forme de blogs fédérant des professionnels et des passionnés de stratégie, de sécurité et de technologie. A l'occasion du centenaire de la Première guerre mondiale, EchoRadar participe à la commémoration de cet événement tragique en vous proposant un dossier "Été 1914 : un autre monde ?".


lundi 30 juin 2014

Fin d'AGS, articles à venir et (pas de) pause estivale

La période estivale est généralement propice à un ralentissement d'une activité quelle qu'elle soit. Ce blog, pour de nombreuses raisons, a anticipé ce ralentissement depuis plusieurs mois déjà. Pour autant, je maintiendrai une activité durant tout l'été, sur ce blog comme sur son compte Twitter associé (1). Revue sommaire des changements liés à l'arrêt de l'Alliance géostratégique, évocation des articles à venir et propositions de lectures du type "cahier de vacances" :-)

lundi 23 juin 2014

Cercle Stratégia du 25 juin 2014 - Présentation du livre d'entretiens "Sécurité alternative"

Le Cercle Stratégia recevra le mercredi 25 juin 2014 le docteur Isabelle TISSERAND, anthropologue médical, Alain JUILLET, Président du CDSE, Jean-Luc DELCROIX, Directeur de la Poste Monaco, et Jean-François CLERVOY, astronaute à l'ESA, pour un petit-déjeuner débat à l'occasion de la parution aux Éditions de L'Harmattan de l'ouvrage d'entretiens :

"SECURITE ALTERNATIVE" (Une réponse aux futures menaces ?)

Cette rencontres, qui se déroulera dans les salons du Bateau Maxim's au Port de Suffren, sera orchestrée autour des interventions suivantes :
  • le concept de sécurité alternative, par le docteur Isabelle TISSERAND
  • l'intelligence économique et l'élaboration des stratégies de protection des patrimoines vitaux, par Alain JUILLET
  • la défense des opérateurs d'importance vitale (OIV), par Jean-Luc DELCROIX
  • la protection du patrimoine humain, par Jean-François CLERVOY
En attendant ce rendez-vous exceptionnel, auquel je participerai, je vous encourage à patienter en lisant la recension récemment consacrée à cet ouvrage.

lundi 9 juin 2014

Recension du livre d'entretiens "Sécurité alternative" (Une réponse aux futures menaces ?)

Déjà auteur de plusieurs ouvrages (1), Isabelle Tisserand vient de publier un nouvel opus, collectif celui-ci : "Sécurité alternative".  L'ouvrage sous-titré "Une réponse aux futures menaces ?" regroupe 26 entretiens d'experts et de spécialistes. Si la plupart exercent dans des domaines directement en lien avec la protection des biens, des savoirs et des personnes, certains sont connus (Alain Juillet) voire très connus (le spationaute Jean-François Clervoy). L'idée majeure de cet ouvrage est de faire émerger des propositions issues de leurs diverses mais solides expériences. A la clé, l'idée convaincante que la sécurité alternative est la prochaine (r)évolution de la sphère "sûreté, défense et sécurité".

lundi 2 juin 2014

Le “kill switch” est-il l’arbre qui cache la forêt (des données) ?

Rendre un smartphone aussi utile qu’une brosse à dents pour téléphoner en quelques secondes est techniquement possible depuis plusieurs années. En effet, grâce à la multiplication des applications et fonctionnalités, le smartphone apporte de nombreux services qui nous facilitent la vie quotidienne. La fonction appelée "kill switch", et qui peut être littéralement traduite par “interrupteur mortel”, permet à un utilisateur de bloquer son téléphone à distance en cas de perte ou de vol. Si la fonction possède un véritable intérêt, rien n’oblige jusqu’à présent les principaux constructeurs de téléphones à en doter leurs bijoux technologiques. Pourtant, cette position devrait rapidement évoluer.

mercredi 21 mai 2014

A quand un ministre de la cybersécurité ?

Si la question peut faire sourire, c'est pourtant la remarque qu'une frange de la communauté cyber a pu se poser ces derniers mois. D'ailleurs, lors des jours précédant la constitution du gouvernement de Manuel Valls, des bruits ont couru sur de possibles réflexions à ce sujet. Enfumage ou réalité, il convient de s'interroger sur la pertinence d'une réflexion en apparence isolée. En effet, depuis peu, la question fait même l'objet d'un débat en Belgique (1).

samedi 10 mai 2014

Détection avancée des cyberattaques, nouvel Eldorado de la cyberdéfense ?

Le débat cherchant à trancher qui de l'attaque ou de la défense aurait l'avantage dans le domaine cyber n'est ni récent ni nouveau (1). De nombreux outils quittent actuellement l'étape de la recherche et des laboratoires pour tenter de se faire une place sur le lucratif (2) marché de la cybersécurité. Parmi eux, certains promettent d'améliorer significativement le niveau de cyberdéfense par la détection avancée de cyberattaques potentielles. Focus sur une avancée qui pourrait apporter plusieurs bouleversements majeurs.

mercredi 2 avril 2014

Cyberattaques et espionnage : le double-effet Nortel

Fin 2011, le ministère de la défense du Canada (The Department of National Defence - DND), sous l'égide de son gouvernement, a acquis l'ancien campus (1) de l'entreprise Nortel. Nortel, entreprise internationale emblématique, passée de la lumière aux ténèbres en une décennie et dont les fantômes continuent de hanter un douloureux épisode technico-industriel canadien.

mardi 25 mars 2014

Critique livre : "Cyber menace" de Tom Clancy

Tom Clancy nous a quittés le 1er octobre 2013, laissant orphelins des millions de lecteurs à travers le monde. Dans son avant-dernier opus (1) "Cyber menace" paru en 2012, l'auteur explore dans le détail les nouvelles conflictualités en y intégrant pleinement le domaine cyber. Un livre qui, s'il souligne une nouvelle fois la maîtrise d'un genre littéraire et la troublante anticipation de scénarii crédibles (2), laisse pourtant le lecteur sur un sentiment mitigé.

lundi 17 mars 2014

Cyber-assurances : le jeu (dangereux) du tigre et de la souris

Fin février, la BBC révéle (1) que la célèbre place de marché d'assurances londonienne Lloyd's refuse d'assurer certaines entreprises du secteur de l'énergie contre les risques liés aux cyberattaques. Les assureurs estiment en effet que ces entreprises souhaitent faire assurer des systèmes d'information vulnérables, les mesures de cyberdéfense et de cybersécurité étant jugées faibles et insuffisantes. Une décision qui, si elle pourrait apparaitre comme étonnante de prime abord, révèle, en réalité, l'attitude parfaitement rationnelle des assureurs.