jeudi 19 avril 2012

Cybersécurité pour Systèmes Cyber-Physiques : atelier et concept

(Power System Topology)
La Computer Security Division du NIST accueillera les 23 et 24 avril un atelier autour de la cybersécurité à destination des systèmes cyber-physiques (Cyber-Physical Systems - CPSs).

Mon étonnement et ma curiosité sont grands puisque c'est la première fois que j'apprends l'existence de ces CPSs ! En étudiant le programme et les abstract associés, on comprend un peu mieux de quoi il s'agit.

Tout d'abord, les domaines concernés sont assez larges mêmes si classiques puisque cela va du médical (implants) à l'embarqué (traité en février lors du congrès ERTS² 2012 dont je m'étais fait l'écho) jusqu'aux réseaux intelligents de distribution d'électricité (Smart Grid). 

Les équipements et/ou systèmes visés traitent, sont opérés ou nécessitent des données pour fonctionner. Certains mêmes peuvent embarquer des fonctions de sécurité ce qui nécessite un niveau de protection associé. Seulement, le physique et le virtuel ne peuvent être entièrement dissociés puisque peuvent exister des interactions voire des effets de bord indésirables ou, plus simplement, insoupçonnés (cas de vulnérabilités non-détectées).

Cela revient à se demander si ces effets indésirables, et donc potentiellement exploitables (malveillance), peuvent être couverts par l'adjonction d'exigences et de mesures de sécurité supplémentaires. C'est tout l'objet de cet atelier que de s'appuyer sur les recherches des 2 ou 3 dernières années dans les domaines précédemment cités. Et de chercher à rapprocher les deux mondes, jusqu'ici complémentaires : la sécurité physique et la sécurité de l'information (ou cybersécurité). 

Une initiative à saluer mais aussi à surveiller afin d'en mesurer l'intérêt et la pertinence pour, le cas échéant, s'assurer que l'Europe et la France sont également sur la brèche. En particulier en ce qui concerne le Smart Grid qui semble donner des sueurs froides, pour le moment de l'autre côté de l'Atlantique, aux acteurs chargés de cette problématique et de ses aspects cybersécurité.

jeudi 12 avril 2012

USA - Brésil : F-18 Super Hornet, (Rafale) et cyberdéfense au menu

Il y a deux ans jour pour jour, le ministre de la Défense américain de l'époque (Robert Gates) et son homologue brésilien (Nelson Jobim) signaient un accord militaire d'importance. Établissant une coopération inédite et à haut-niveau, l'accord couvrait de nombreux domaines. L'un d'eux concernait directement le partenariat stratégique entre la France et le Brésil et, en particulier, l'achat possible et mouvementé de 36 chasseurs multi-rôles Rafale de Dassault.

L'appel d'offres brésilien F-X2 pour l'acquisition d'une première tranche d'avions de combat modernes est éminemment politique et se joue au niveau de responsabilités le plus élevé de chacun des pays en lice. Alors que le président Sarkozy, lors de sa visite historique en 2008, pensait avoir fait le plus dur auprès du président Lula, la nouvelle présidente Dilma Roussef et la crise économique et financière mondiale modifièrent la donne. De plus, les États-Unis ont décidé de peser de tout leur poids en proposant des accords de défense renforcés tout en proposant le F-18 Super Hornet de Boeing associé à des transferts technologiques conséquents.

L'accord et la coopération signés en 2010 viennent d'être de nouveau confirmés ce lundi 9 avril 2012 lors de la visite officielle de Dilma Roussef à la Maison Blanche. Combinant un aspect (médiatiquement) positif comme la proposition de création d'une Force de Réaction Rapide des Amériques (du Nord et du Sud) en cas de catastrophe naturelle ou humanitaire majeure (faisant suite aux enseignements tirés après le tremblement de terre à Haïti en janvier 2010), la R&D, le soutien logistique et l'acquisition de produits et services de défense sont aussi intégrés à ce Defense Cooperation Dialogue (DCD).

On y trouve par ailleurs des aspects plus traditionnels de coopération militaire en termes d'exercices (Red Flag, Cruzex), d'échanges de personnels et d'informations classifiées. C'est ce dernier point qui m'a amené à rédiger cet article puisque les aspects de sécurité de l'information et de cybersécurité sont nécessairement de la partie. De là à postuler un renforcement des capacités brésiliennes en terme de cyberdéfense est une possibilité réelle qui sera à observer dans les prochains mois.

Enfin, et comme dit dans cet article, le Super Hornet et un transfert "robuste" de technologies sont inclus dans l'accord. Rendez-vous en mai ou en juin puisqu'une décision de la présidente Roussef est attendue à ce moment-là. Quelques jours (ou semaines) après le début d'un nouveau quinquennat présidentiel français...

Sources : 
http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2012/04/09/fact-sheet-us-brazil-defense-cooperation
http://www.defesanet.com.br/br_usa/noticia/5366/Remarks-by-Secretary-Gates-and-Brazilian-Minister-of-Defense-Jobim-at-the-signing-of-the-U-S--Brazilian-Defense-Cooperation-Agreement-from-the-Pentagon

lundi 9 avril 2012

Pour lutter efficacement contre les cyber-attaques, commençons par virer les décideurs actuels !

C'est d'un surprenant direct du droit tout en faisant d'une pierre deux coups (au moins !) que Rose Gottemoeller fait une entrée remarquée sur la (de plus en plus) grande scène cybersécurité ! Elle assure depuis deux mois l'intérim du Under Secretary for Arms Control and International Security dont la mission est d'importance. Elle officie en effet en tant que conseillère spéciale du président Obama et de sa ministre de tutelle et des Affaires étrangères, Hillary Clinton, en matière de contrôle, de non-prolifération et de démantèlement des armements.

Elle vient d'achever une mini-tournée européenne d'une dizaine de jour qui l'aura conduite de Vienne à Moscou en passant par Londres et surtout Tallinn. La capitale de l'Estonie est devenue en quelques années l'une des places fortes mondiales en matière de cyberdéfense puisque y est localisé le Centre d'excellence cyber de l'OTAN (le CCDCOE). On y trouve aussi plusieurs établissements d'enseignement spécialisés en sciences des technologies et de l'information comme l'Estonian IT College. 

C'est lors d'une présentation à ce dernier que R. Gottemoeller a expliqué que "la stagnation pour contrer la menace croissante des cyber-attaques peut être imputée à la génération de décideurs en perte totale de contact avec les changements technologiques rapides" ! Elle a également ajouté que "la vérité est qu'il y a beaucoup de hauts-fonctionnaires dans de nombreux pays qui savent à peine utiliser un email ! Le changement viendra avec la nouvelle génération".

Son approche est de considérer que les technologies IT, open source ou les réseaux sociaux peuvent amplement permettre d'améliorer la surveillance, la vérification et l'expertise en ce qui concerne le contrôle des armements, qui est sa mission première. Des mots forts qui permettent à ce personnage de, peut-être, transformer son intérim en future titularisation tout en lançant plusieurs messages à différents destinataires. La résultante, en somme, d'un esprit brillant, spécialiste de la Russie*, coutumière des négociations de haut-niveau (donc des jeux politiques) et plutôt à l'aise avec les technologies de l'information. Au moins sur Twitter.

* le message délivré à Tallinn n'est évidemment pas le fruit du hasard mais relève bien d'une stratégie probablement plus générale dont R. Gottemoeller est l'un des nombreux rouages


jeudi 5 avril 2012

L'U.S. CYBERCOM arme les premiers Commandements Combattants

Sans être capitale, l'information n'en est pas moins d'importance : les capacités cybernétiques offensives américaines ne sont désormais plus du seul ressort de la NSA. C'est en tout cas ce qu'il ressort d'une audition au Congrès du commandant de l'U.S. Cyber Command (CYBERCOM) et de...la NSA, le Général Alexander.

Au travers de 6 CSEs (Cyber Support Elements - Éléments de Support Cyber) correspondant aux 6 "Commandements Géographiques Combattants", le CYBERCOM s'engage à fournir l'expertise et les capacités techniques en termes de ressources et de moyens cyber-offensifs. Part d'un effort plus vaste engagé déjà depuis des mois tant au militaire que fédéral et civil, l'intégration de ces capacités non-cinétiques seront mis à disposition de chacun des 6 commandements qui pourront les articuler avec les capacités cinétiques dont ils disposent déjà.

L'U.S. Central Command (CENTCOM - Moyen Orient, Asie Centrale) est le premier commandement à déjà disposer de ses pleines capacités "CSEs" opérationnelles tandis que l'U.S. Pacific Command (PACOM) ne dispose que d'un "CSEs" partiel mais qui sera bientôt complètement opérationnel. Les CSEs de l'U.S. Africa Command et de l'U.S. Southern Command devraient pleinement l'être au 4ème trimestre 2012. 

A la différence d'autres commandements qui doivent se coordonner avec le CYBERCOM, la structure opérationnelle dévoilée diffère amplement en fournissant des capacités nouvelles et immédiatement mobilisables par chaque commandant. De quoi gagner un temps précieux autant en termes d'actions que de réactions. Il faut également comprendre qu'à travers ce mouvement, un basculement quasi-historique s'opère entre la NSA et le CYBERCOM. La NSA est avant tout une agence de renseignement et n'a pas vocation à être une unité combattante. D'où un début de transfert d'outils et de capacités dans les Commandements et un rôle de plus en plus accru du CYBERCOM au sein du DoD.

Enfin, parmi les éléments significatifs fournis par le Général Alexander, soulignons la focalisation sur le concept de dissuasion perçu à travers l'amélioration des capacités d'attaque. Les nouvelles capacités offensives mises en œuvre au profit d'unités militaires sont vues comme des "composants clé de la dissuasion" dans le cyberespace sur lesquels peut s'appuyer le Président des États-Unis. L'occasion d'aller relire l'article sur ce thème de la dissuasion de Cidris et SD, membres alliés de l'Alliance Géostratégique

Source : http://www.defensenews.com/article/20120321/DEFREG02/303210007/CYBERCOM-Arming-U-S-Combatant-Commands?odyssey=tab|topnews|text|FRONTPAGE

mardi 3 avril 2012

Café Stratégique n°15 : Jeux d'influences en Somalie

L'Alliance Géostratégique organisera un nouveau Café Stratégique le jeudi 12 Avril, de 19h à 21h. Celui-ci aura pour thème la Somalie et, plus largement, la Corne de l'Afrique. 

L'invité de marque sera Roland Marchal, chargé d'études au CNRS/CERI Sciences Po, qui viendra évoquer la situation en Somalie qui est soumise à des jeux d'influence et de profonds changements ces derniers mois. Depuis que les Shebabs ont quitté Mogadiscio en août 2011, Kenyans et Ethiopiens ont lancé des opérations militaires au sud et à l'ouest du pays. De plus, la mission de l’Union Africaine (AMISOM) doit être révisée et de nouveaux financements sont nécessaires (merci à Sonia et à Good Morning Afrika pour l'inspiration :)

Le débat se tiendra au Café le Concorde, 239 boulevard St Germain, dans le 7ème arrondissement de Paris (métro Assemblée Nationale). L'entrée est  libre, venez nombreux !