mardi 25 février 2014

Le manuscrit de Voynich et la machine à remonter le temps

Il y a trois ans, j'écrivais un court billet intitulé "Cryptologie : dix codes inviolés" (1). Quelques mois plus tard, on apprenait que l'un de ces codes mythiques, le Copiale Cypher, avait été percé (2). Je terminais cet autre billet en question en arguant du fait que cette découverte pouvait sans doute "redonner un peu de baume au cœur à celles et ceux qui tentent toujours de déchiffrer le Graal suprême en la matière : le manuscrit de Voynich". Or, récemment, une nouvelle hypothèse qui pourrait permettre de progresser sur la voie de ce Graal cryptologique a vu le jour. Et c'est la botanique qui pourrait faire avancer le mystère.


Car le manuscrit de Voynich, mystérieux livre médiéval d'environ 240 pages probablement écrit entre 1404 et 1438, est écrit dans un alphabet inconnu et comporte des dessins de plantes tout aussi inconnues, de possibles images d’astronomie et, possiblement, de galaxies mais aussi de femmes se baignant nues. D'après Arthur Tucker et Rexford Talbert, tous deux botanistes de l'université de l’État du Delaware, l'une des plantes posséderait des similarités très fortes avec la "plante de la soupe" (xiuhamolli/xiuhhamolli) décrite en 1552 dans le Codex Cruz-Badianus aussi appelé "l'herbier Aztèque". Plus largement, ils pensent avoir trouvé un lien géographique entre 37 des 303 plantes, six animaux et un minéral du manuscrit de Voynich avec une aire géographique allant du Texas à l'ouest de la Californie en passant par le sud du Nicaragua jusqu'au centre du Mexique (3) !

Malgré cela, le manuscrit de Voynich de par son inviolabilité tend pour certains à rester dans une sorte de zone grise, celle de la mystification. L'idée, simple voire simpliste, est que puisque aucun cryptographe et/ou linguiste n'a trouvé la clé du livre, celui-ci ne serait qu'une arnaque. Élaborée et savante mais arnaque quand même. Cependant, deux éléments viennent contredire cette hypothèse. Le premier concerne l'organisation complexe du manuscrit et, en particulier, la distribution des "mots", compatible avec une langue réelle. Le second est l'identification d'une fleur peu commune, la "viola bicolore" dont la distinction avec la "viola tricolore" n'est intervenue qu'après 1912. Hors, le Codex Cruz-Badianus n'a été découvert dans les archives du Vatican qu'après 1912. Comme le souligne Tucker, si le manuscrit de Voynich était un canular, il faudrait dans ce cas "invoquer Jules Verne et sa machine à remonter le temps".

Alors, certes, l'hypothèse des botanistes demeure fragile mais possède également quelques solides arguments. Le principal, sans doute, étant d'introduire un paradigme nouveau quant au périmètre géographique et historique des descriptions du manuscrit. Passer du continent européen à une zone élargie au Mexique (Texas au nord, Amérique centrale au sud) introduit de nouvelles perspectives d'étude et de réflexion. Qui continueront sans doute d'enrichir les travaux et, souhaitons-le, permettront peut-être un jour de résoudre l'une des plus grandes énigmes scripturale et graphique de l'histoire de l'Humanité.

(2) http://si-vis.blogspot.fr/2011/10/le-copiale-cipher-dechiffre.html
(3) http://www.theguardian.com/books/2014/feb/07/new-clue-voynich-manuscript-mystery

2 commentaires:

cybergeopolitik a dit…

On pourrait ajouter à la liste la démonstration de la conjecture ABC par Mochizuki que ses pairs, d'une certaine manière, n'arrivent pas à déchiffrer...http://projectwordsworth.com/the-paradox-of-the-proof/?src=longreads

VJ

Grzegorz Ostrowski a dit…

Ma suggestion pour décoder le Voynich Manuscript se trouve dans le fait que chacune de ses pages individuelles code pour une autre information. Le chiffrement n'est pas seulement une forme écrite. Manuscrit Voynich - ce n'est pas ma tâche, chiffrement classique écrit, ne rébus symbolique - idéogramme. http://gloriaolivae.pl/